MyMajorCompany BD, l’innovation dépassée
Après la musique, l’édition de livres, MyMajorCompany se lançait dans la BD lundi 17 octobre. Une exclusivité? Loin de là.
Retour sur l’innovation osée qui devenait une voie de garage
Vous avez peut-être entendu parler de MyMajorCompany, l’initiative on-line qui fait de l’internaute le producteur des nouveaux artistes ?
La communauté accumule le pécule, et choisit ainsi l’artiste qu’elle finance. On ne va pas se leurrer, vous n’avez pas pu échapper au « phénomène » Grégoire en 2009 : Celui qui avait été choisi et produit par son public. Wahou! Quoi qu’on en dise, l’intéressé a eu du succés, et le site a fait parler de lui. Pop pop pop, un petit frère voit le jour… pour l’édition de livres en mai 2010. Le système est encore une fois bien étudié. Les internautes font leurs promesses de dons entre 10 et 500€, et récupèrent en cas de dépassement des 25,000 € nécessaires à l’édition grand public, 25% des ventes et 5% sur les ventes de droits (adaptations, traductions, etc.).
Les auteurs ont tout le loisir de faire leur promotion sur le site, qui mise plus sur les capacités de communication de ses talents, que sur leurs qualités littéraires pour recueillir un maximum de dons. Les multiples opportunités de représentation de l’auteur et de contact avec son public sur le site lui offrent toute la liberté de séduire ses investisseurs par ses contenus de présentation photos, vidéos ou même éditoriaux (sa vie, son histoire, ses objectifs) mis en ligne, en n’abordant que brièvement son travail d’écriture. En partenariat avec l’éditeur XO, My Major Company Books laisse 65% sur les ventes à l’éditeur et 45% sur les droits dérivés éventuels- alors que le financement est opéré par les internautes…
En 2011 c’est le milieu de la Bande Dessiné qui est gagné par la société de Crowdfunding (financement par les internautes est-il besoin de le répéter?) MyMajorCompany. Comme à son habitude MMC appelle les internautes à consulter les contenus mis en ligne, les pages de présentation des auteurs, mis en valeur sur plusieurs remontées thématiques. La page d’accueil met des « albums à la une », remonte les derniers tweets, et diffuse les sélections des partenaires. Partenaires ?

Les Daltons
Une équipe de choc
Comme toujours, MMC s’associe avec des acteurs de la filiale pour mettre au point son système de crowdfunding. Pour la BD, le site met la barre un peu plus haut en intégrant 3 éditeurs BD leaders: Dargaud, Dupuis et Lombard dans la chaîne de production. Par ailleurs, la FNAC se fait également partenaire de cette initiative, et diffuse elle aussi sa sélection d’ouvrages. Le montant à atteindre continuant d’augmenter, le système de Crowdfunding Bande Dessinée fonctionne différemment. C’est d’abord un cumul de 10 000 € que les dons doivent dépasser, pour valider la candidature du titre, et le faire poursuivre sa quête des 25 000 € requis.
Si dans l’Industrie Phonographique la démarche avait pu surprendre les maisons des disques traditionnelles et les utilisateurs qui pensaient les pratiques numérisées souterraines (bien que très partagées); dans le Bande Dessinée la surprise est moindre.
Les amateurs de BD avaient déjà pris l’habitude d’échanger leurs lectures et expériences du monde de la BD en ligne. Les auteurs échangent avec leur public, sur leurs pages, le public échange sur les forums et les sites spécialisés, et plusieurs maisons d’édition mettent une partie de leur bibliothèque en ligne (quelques ouvrages, ou seulement quelques planches pour faire conaître les ouvres et les auteurs). L’effet des smartphones, e-book, tablettes, amplifie d’ailleurs les échanges et consultations en ligne. Sans connaitre le même déclin que le disque face à la numérisation, les ventes de BD faiblissent en 2010: 31 millions de volumes (-5,7% par rapport à 2009) ont été écoulés en France pour un chiffre d’affaires de 313,3 millions d’euros (-2%), selon l’institut Ipsos. Pourtant, la ferveur reste intacte.
La BD 2.0 : un virage déjà bien négocié
En septembre 2009, c’est le site communautaire Manolosanctis qui donne ses premières bases à une commerce de Bandes Dessinées intégrant le on et le off-line, l’intervention des lecteurs dans le processus de sélection, l’adaptation des droits (BD sous license creative commons) et la gratuité de consultation (on-line). Le volume qui sort de cette maison d’édition communautaire n’est pas à négliger: Manolosanctis sélectionne un ou plusieurs albums par mois parmi les plus plebiscités, pour les éditer en version papier (payante). Le système s’appuie bien sur sur les échanges et commentaires des internautes pour faire la promotion de ses artistes qui trouvent également dans cette interactivité des informations précieuses grâce aux retours d’informations de la part des lecteurs. Le succès de l’initiative est bien réel, deux mois après son lancement Manolosanctis avait déjà mis en ligne 400 albums et enregistré 160 000 lectures.
Le site MyMajor Company BD s’insère donc dans un secteur balisé, qu’il se contente d’adapter à ses propres prérogatives, sans réelle innovation voire un certain retard au regard des pratiques parallèles ou similaires existantes. En effet, l’année 2009 avait déjà été assez prospère en innovations dans le milieu de la Bande Dessinée. Outre les pratiques communautaires sans financement de la part des internautes sur le site Manolosanctis, en 2009, le site Sandawe propose aux visiteurs de devenir les éditeurs de leurs BD favorites en ligne, hum hum… A l’origine du projet, Patrick Pinchart : un ancien de chez Dupuis, dont le site est en partenariat avec la FNAC belge entre autres (dans la BD c’est quand même plus classe). Un taulier de la BD depuis plus de 30 ans, ancien rédacteur en chef de Spirou, et ex-éditeur chez Dupuis et créateur d’ActuaBD qui lance un service inspiré de MyMajorCompany Music dans la Bande Dessinée ; MyMajorCompany qui copie cette initiative en association avec Dupuis… le web serait-il en manque d’inspiration ?
Somme toute…
Vu les résultats de ventes des livres publiés par MyMajorCompany Books (503 exemplaires de Cendrillon à Hollywood, 211 ventes de No Life, et Eric Wietzel, un auteur confirmé dont le thriller Ne cherche pas à savoir est le cinquième ouvrage, plafonne à 577 ouvrages en 3 semaines à leur publication), il est clair que le site a voulu retrouver sa place dans un domaine plus porteur. Mais le secteur du crowdfunding en Bande Dessinée peut-il supporter l’arrivée d’un nouvel « éditeur »?
Update
Les chiffres actuels des ventes (décembre 2011) : 4714 exemplaires de Cendrillons à Hollywood, 1858 de No Life et 4646 de Ne cherche pas à savoir.
3 commentaires :
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17 May 2012
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24 oct 2011
Article trés intéressant. On peut se demander comment se fera la pêche aux auteurs pour l’organisation de salons littéraires ?
24 oct 2011
En effet il sera intéressant de voir si les albums retenus auront un succès réel et pénétreront le secteur marchand de la BD comme a pu le faire Grégoire dans la musique. MMC Books n’a pas su retrouver la même efficacité dans la publication de livres, à voir pour l’édition de BD…
25 oct 2011
Une copie de http://www.sandawe.com actif depuis 3 ans dans le financement collectif de bandes dessinées.